Archives pour la rubrique : ‘Divers’

La torca del Carlista, à lire sans modération…

mercredi 12 avril 2017

CarlistaLes monographies spéléologiques ne sont malheureusement plus très fréquentes et lorsque l’une d’elles paraît, c’est toujours un événement. Celle qui vient d’être publiée par nos amis de l’ADES (club spéléo de Gernika) et du groupe Esparta, en collaboration avec l’université du Pays Basque est un modèle du genre à plusieurs titres. En premier lieu, il y a cette cavité mythique qu’est la torca del Carlista. Jusqu’à ce jour, elle se résumait à la simple évocation d’une gigantesque salle à la coupe caractéristique, offrant de surcroît une jolie verticale qui a attiré bien des spéléos du monde entier. Mais Carlista n’est pas simplement une « classique » à consommer pour le grand frisson, c’est aussi une histoire passionnante où l’on croise quelques figures de la spéléologie basque tel Felix Ruiz de Arcaute. Si le thème du volume gigantesque de la salle GEV reste au coeur de cet ouvrage, les auteurs ne se sont pas contentés d’en faire une description classique. Chacun, dans sa spécialité a développé des thèmes innovants telle cette approche topographique tri-dimensionnelle, ou cette étude fouillée sur l’analyse des températures à tous les niveaux de la cavité. On y trouve également un inventaire faunistique et une étude sur le cadre géologique et bien d’autres informations inédites. L’ensemble est servi par une maquette et une iconographie remarquable que l’on doit en grande partie à Josu Granja et son équipe. Bref c’est un ouvrage incontournable pour tous ceux qui s’intéressent aux karsts du nord-ouest de l’Espagne et ce livre sera en bonne place dans nos bibliothèque, à côté de la « cueva de Goikoetxe », une autre monographie publiée en 2011 par l’union des Spéléologues Basques.

D’après quelques sources bien informées, Javi Moreno, le coordinateur du livre plancherait déjà sur une autre publication. C’est certain, nous l’attendrons avec impatience….

Patrick Degouve

 La Torca del Carlista. Uno de los mayores volúmenes subterráneos del mundo. Coordinació de Javier Moreno i Josu Granja. Bilbao: Sua Edizioak, novembre 2016. (n° ISBN : 9 788482 166223)

On peut se procurer l’ouvrage chez : https://www.elkar.eus/es/catalogo/libros

Bilan des explorations estivales en Cantabria

mercredi 2 septembre 2015

Dans un article précédent, nous annoncions un été chaud. Nous ne nous étions guère trompés et même si nous avons échappé à la canicule, nous avons bénéficié d’une météo plutôt clémente pour notre activité avec plus de 25 sorties réparties sur les mois de juillet et d’août. Comme chaque année, de petites équipes venues d’horizons et de clubs très divers se sont relayées pour poursuivre les recherches sur le massif (S.A.C. de Bucey les Gy, le S.C. Vesoul, la Musaraigne d’Autun, le G.S.H.P. de Tarbes, l’A.S.P.P. Jura, et des groupes espagnols, l’AER de Ramales, l’AEMT de Santoña, l’ADES de Gernika).

L’été 2014 avait été marqué par l’aboutissement de désobstructions commencées de longue dates. En 2015, nous avons pu continuer d’en récolter les fruits même si certaines découvertes n’ont pu se réaliser qu’à grand renfort de massettes et de burins. La Cantabria des grands volumes se mérite aussi… Au delà des chiffres (plus de 6200 m de nouvelles topographies) c’est surtout la découverte de cavités dans des secteurs jusqu’alors vierges de tout conduits souterrains qui est intéressante. C’est principalement le cas pour la cueva de Carcabon qui se livre peu à peu en nous éclairant enfin sur l’origine de la fuente Iseña.

Dans la galerie des Marches (cueva de Carcabon)

Dans la galerie des Marches (cueva de Carcabon)

Secteur de la Gándara :

D’aucun s’étonnent que nous ne cherchions pas plus à grapiller les mètres de première dans ce réseau gigantesque qui est loin d’avoir tout livré. Ce n’est ni de la négligence, ni de la lassitude après ces années fastes où la découverte pouvait sembler d’une facilité déconcertante. Bien au contraire. Dans ce réseau, il reste une grande inconnue qui donne naissance à la branche sud du collecteur. C’est elle que nous cherchons à résoudre et il n’est pas certain que ce soit par les galeries connues que nous y parvenions. Petit à petit, la compréhension du système dans son ensemble nous permet de mieux cibler nos objectifs. Cela s’est traduit par l’ouverture du Cubillo Fraile mais aussi par de nombreuses prospections et désobstructions dans les environs de la Lunada. Ce n’est pas facile, c’est besogneux et ingrat, pour le moment les résultats sont maigres mais c’était déjà le cas avant que nous accédions au réseau actuel en 2001. Alors….

En marge de ces recherches, nous avons repris l’exploration de la cueva de la Piel de Najanra sur le versant ouest du Picòn del Fraile. Malgré un bon courant d’air aspirant nous n’avons réussi à progresser que de 300 m, en multipliant les désobstructions dans un interstrate marneux situé une vingtaine de mètres plus haut que les galeries de la cueva des Calligraphes.

Désobstruction dans la cueva de la Piel de Najanra

Désobstruction dans la cueva de la Piel de Najanra

 

Réseau de l’alto de Tejuelo-Muela et environs :

 

  • Torca de los Tres Ojos :

Le puits sur lequel nous nous étions arrêtés en juillet dernier mesure en fait 62 m. Au bas, nous avons été confrontés à une série de méandres étroits entrecoupés de petits puits. Plusieurs étroitures ont du être désobstruées. Derrière, deux puits de 43 m et 17 m nous ont conduits vers un niveau de galeries (altitude moyenne : 450 m) que nous avons pu parcourir sur plusieurs centaines de mètres en amont et en aval. Pour le moment, nous sommes bloqués par des trémies et des remplissages (développement total : 1070 m, dénivelé : 241 m).

P.17 à -130 m.

P.17 à -130 m.

Plus en aval dans le canal del Haya, nous avons repris l’exploration de deux petites torcas (torca de los Romanos et torca de las Platijas). La première, malgré un courant d’air violent, s’arrête à -30 m sur un puits très étroit (fracture) dans lequel des travaux de désobstruction paraissent très difficiles. Dans la seconde, moins ventilée, nous nous sommes arrêtés au sommet d’un P.20 derrière un méandre très étroit (à suivre). D’autres cavités ont été repérées mais se situent au-dessus de parties connues du réseau, ce qui en limite l’intérêt et explique que leur exploration n’a pas été prioritaire.

Les galeries fossiles de la torca de los Tres Ojos (-240 m)

Les galeries fossiles de la torca de los Tres Ojos (-240 m)

  • Torca del Pasillo :

L’an passé, nous avions découvert une galerie se dirigeant vers le sud et donc se rapprochant de la torca Aitken qui rappelons-le, n’a toujours pas été raccordée au réseau de l’alto de Tejuelo. Nous y sommes donc retournés à deux reprises cette année, guidés par un courant d’air franc, du moins au début. En fait, cela s’est vite gâté car rapidement nous nous sommes retrouvés dans un labyrinthe de petits conduits, souvent glaiseux et parfois chaotiques. Gotzon l’a d’ailleurs baptisée « galeria fea »(galerie moche). Le courant d’air a toujours été notre fil directeur et nous a permis de retrouver quelques tronçons de belles galeries se développant suivant un axe est-ouest et donc parallèle aux conduits en amont de la torca Aitken. Au total, nous avons topographié péniblement 800 m de galeries sans pour autant avoir retrouvé l’aval de cet axe d’où provient l’essentiel du courant d’air.

Dans la torca Aitken

Dans la torca Aitken

Cueva de Carcabon :

C’est sans aucun doute la découverte majeure de cet été que nous avons partagée avec nos amis de l’AER (Ramales). Après une première sortie en juillet (voir compte rendu du 16 juillet dernier), nous n’avons pu y retourner qu’à deux reprises pour pousser plus loin l’exploration. Deux autres sorties ont été consacrées à l’aménagement de certains passages particulièrement pénibles et concentrés dans la première partie de la grotte. Une autre sortie s’est soldée par un repli stratégique devant la montée pas vraiment prévue du niveau de l’eau.

A ce jour, la cavité développe 5700 m de galeries dont une bonne moitié se trouve en zone épinoyée comme le prouvent les données fournies par un reefnet posé dans le premier lac il y a tout juste un an. Celles-ci révèlent des montées d’eau de plus de 20 m principalement durant l’hiver et le printemps où la pluviométrie a été particulièrement élevée. Nos observations in situ nous ont également montrés qu’il suffit d’une montée d’eau d’environ 1,5 m pour nous interdire l’accès aux galeries au-delà du second lac (env. 600 m de l’entrée).

Ricardo devant le 2° lac. La sortie est à l'eau !

Ricardo devant le 2° lac. La sortie est à l’eau !

Lors de notre tentative d’exploration du 8 août dernier, la météo à Ramales était plutôt clémente. La bruine, qui avait bien du mal à humidifier le sol et les cultures, ne nous inquiétait pas vraiment. Pourtant au premier lac le niveau avait grimpé de plus de 60 cm par rapport au niveau d’étiage. Au second lac, ce fut la consternation car le plan d’eau siphonnait presque complètement. Nous n’avons bien sûr pas tenté le diable et avons battu en retraite sans trop traîner. Entretemps (1h) le niveau était monté de 10 cm. En fait, en regardant les statistiques météo, Gelo constata qu’il avait plu sur Soba c’est à dire bien en amont sur les hauteurs du massif. Tout cela indique qu’il faudra désormais faire preuve de la plus grande vigilance lors des futures explorations d’autant plus qu’il devient difficile de rester moins de 10 à 12 h sous terre.

Le second lac lors de la sortie du 8 août. Quelques mètres plus loin cela siphonne pratiquement.

Le second lac lors de la sortie du 8 août. Quelques mètres plus loin cela siphonne pratiquement.

Actuellement nos explorations les plus éloignées se sont arrêtées à environ 3 km de l’entrée dans une zone assez labyrinthique où le courant d’air reste très présent. Une galerie fossile de grandes dimensions double en partie ce drain épinoyé. Dans celle-ci nous nous arrêtons sur puits dans deux branches dont l’une se dirige plutôt vers le nord et le massif de l’Hornijo.

Vallée de Rolacia

La cueva de Cerilla avait été visiblement parcourue par le SCP dans les années 80. Nous l’avions retrouvée en 1981 sans toutefois en dresser la topographie. Il n’est jamais trop tard pour bien faire et profitant de quelques journées de repos, nous sommes remontés sur les pentes raides de Rolacia pour réparer cet oubli. Bien nous en a pris car nous avons pu étoffer un peu le développement (700 m) en ajoutant quelques affluents qui n’avaient pas été vus.

La cueva de Cerilla n°2. Au fond la peña Lavalle.

La cueva de Cerilla n°2. Au fond la peña Lavalle.

Participants aux explorations : G. Aranzabal + Josu, D. Boibessot, E. Bunoz, P. et S. Degouve, A. Fuentes, R. Martinez (Witchy), J.N. Outhier, J. Palissot, B. Pernot, Ch. Philippe, O. Regnault, M. Rodriguez, G. Simonnot

Pasage bas dans la galerie du Festival (Carcabon)

Pasage bas dans la galerie du Festival (Carcabon)

Compte rendu Patrick Degouve

L’été sera chaud….

jeudi 16 juillet 2015

Après une bonne semaine en Cantabria et avec la présence d’une solide équipe venant de Franche Comté et de Savoie, voici quelques nouvelles concernant nos dernières explorations.

Dans le canal del Haya, deux sorties nous ont permis de débuter l’exploration du gouffre des 3 Yeux situé sur le flanc ouest de Vallurgo. Deux branches ont été reconnues jusquà -60 m et -100 m environ. Actuellement nous nous arrêtons par manque de corde dans un puits estimé à 80 m. A suivre dans les jours prochains (P. et S. Degouve).

L'entrée de la torca de los Tres Ojos (3 Yeux)

L’entrée de la torca de los Tres Ojos (3 Yeux)

Dans le même secteur, nous sommes retournés dans la torca Aitken qui attend toujours d’être connectée au réseau de l’alto de Tejuelo-Muela, tout proche. Il restait quelques points d’interrogation dans l’extrémité amont de la galerie Tom-Tom située juste sous la salle du bivouac. Malheureusement, nous n’avons pas trouvé grand chose dans ces conduits très cassés, si ce n’est deux petites jonctions avec des galeries déjà connues. Nous nous sommes donc repliés sur la galerie du Casque et sont fort courant d’air provenant de la trémie amont. Après un ratissage quasi systématique du secteur nous ne sommes pas parvenus à sortir de la trémie qui barre le conduit sur plus de 50 m de large. Deux cents mètres de topos ont été ajoutés au développement ce qui porte celui-ci à un peu plus de 9 km. (D. Boibessot, P. et S. Degouve, J. Palissot) TPST : 10 h

Au-dessus de la Gandara, en profitant des journées dites de repos, nous sommes montés à deux reprises pour désobstruer la torca 1771. Malgré un courant d’air prometteur et des travaux importants, nous n’avons pas trouvé de conduit pénétrable en profondeur et notre progression s’est arrêtée à -6 m sur des diaclases impénétrables. (D.Boibessot, P. et S. Degouve, J. Palissot, A. et Ch. Philippe)

Construction ou désobstruction ? L'entrée de la torca 1771

Construction ou désobstruction ? L’entrée de la torca 1771

Face à cette sécheresse exceptionnelle, il était impensable de ne pas retourner à Carcabon continuer l’exploration de la grande galerie de l’Atlantide que nous avions découverte à l’Automne. Rappelons pour mémoire que ce réseau s’ennoie presque totalement lors des crues printannières.

« Ce dimanche, nous avons rendez-vous à 9 H avec Ricardo de l’AER. Les conditions météo sont idéales. Nous entrons dans la cueva une demi-heure plus tard. Le courant d’air est franc, et le boyau est particulièrement sec. Par contre, les traces des crues hivernales sont bien visibles et de nombreux cailloux emportés par le cours d’eau jonchent le sol. Arrivés au premier lac, nous constatons que le reefnet est cinquante centimètres au-dessus du niveau d’eau. Par contre, les talus de glaise ont un peu glissé et l’accès à la corde se fait dans un immonde cloaque qui remonte jusqu’au genou.

La via Coloscopia, un boyau de 250 m de long agrémenté de quelques voûtes mouillantes. C'est l'entrée en matière de Carcabon.

La via Coloscopia, un boyau de 250 m de long agrémenté de quelques voûtes mouillantes. C’est l’entrée en matière de Carcabon.

Il nous faut une bonne heure et demie pour atteindre le carrefour Gaspard où nous avions laissé un peu de matériel et quelques vivres. Il ne reste que quelques cordes, couvertes d’une fine pellicule d’argile. Le reste a disparu, emporté par les eaux. Il y avait notre bouteille de gaz, dommage. Après un bref arrêt au bas de la salle du Périscope, nous débutons l’exploration de la galerie du Nautilus. Très rapidement, et contre toute attente, nous retrouvons notre bouteille de gaz et quelques paquets de pates chinoises. Le conduit, de taille moyenne au début est parcouru par un bon courant d’air soufflant. Progressivement, il prend de l’ampleur et nous commençons à laisser de côté les premiers départs latéraux et quelques puits qui semblent rejoindre le niveau actif. Nous nous laissons conduire par le courant d’air pour trouver les passages. Visiblement, nous sommes toujours dans la zone épinoyée et l’argile reste omniprésente. Heureusement, les rares bassins ne sont pas trop profonds ce qui nous permet de ne garder que le bas de nos néoprènes. Comme d’habitude, nous déroulons la topo au fur et à mesure de la progression et comme le conduit est assez rectiligne, cela avance bien. Après 400 m de progression, nous devons équiper un petit ressaut pour accéder au fond d’un canyon légèrement plus grand. Les départs latéraux sont de plus en plus nombreux et il faut parfois chercher son chemin dans ce qui s’apparente de plus en plus à un labyrinthe. C’est le cas un peu plus loin où nous buttons sur un puits d’une quinzaine de mètres que Ricardo commence à équiper. Cela ne sera finalement pas nécessaire car, dans le même temps, Dom trouve un conduit supérieur d’où provient le courant d’air. Celui-ci prend progressivement une belle ampleur (15 x 10 m) et remonte en suivant le pendage jusqu’à sortir de la zone épinoyée au niveau de la salle de l’Île Mystérieuse. D’un avis unanime, nous convenons que celle-ci pourrait accueillir un éventuel bivouac si la grotte devait continuer beaucoup plus loin. Mais cela ne dure pas et juste après cette salle, il nous faut redescendre dans la zone argileuse. Vers 17 h, après 8 h de progression, nous parvenons dans une autre salle plus chaotique (Salle du Ballast) que nous traversons sans véritablement la fouiller. Du coup, nous perdons le drain principal et devons continuer dans un conduit plus petit et très boueux. Heureusement celui-ci semble rejoindre l’axe initial, mais le secteur est complexe et le courant d’air, toujours aussi fort, provient de plusieurs galeries différentes. Nous choisissons celle qui nous semble la plus confortable. Vers 18 h nous nous arrêtons devant un puits d’une dizaine de mètres. Il commence à être tard et il faut songer au retour car sans vraiment le savoir, nous venons de topographier près de 2 km de nouvelles galeries. Le retour jusqu’à la salle du Periscope prend près d’une heure et demie. Avant de continuer vers la sortie, nous prenons soin de monter au « sec » (environ 20 m plus haut) les affaires que nous laissons pour la prochaine fois. Pour ressortir il nous faut encore deux bonnes heures. Au passage, nous récupérons le reefnet afin d’analyser les variations du niveau du lac durant toute l’année. (D.Boibessot, P. et S. Degouve, Ch. Philippe et Ricardo (AER)) TPST : 13 h

A la suite de cette exploration, la cueva développe 4200 m de conduits dont la majeure partie se trouve complètement noyée en période de hautes eaux. Cela ne manquera pas de compliquer sérieusement les explorations futures surtout lorsqu’un bivouac deviendra nécessaire…

C.R. Patrick Degouve

 

Je suis Charlie

jeudi 8 janvier 2015

Tiercé gagnant…

mardi 4 novembre 2014

L’été indien aura tenu jusqu’aux premiers jours de novembre et nous ne pouvions pas faire autrement que d’en profiter au maximum. Il faut dire qu’après un été besogneux durant lequel les chantiers de désobstruction se son globalement bien terminés, nous avions du pain sur la planche et largement de quoi occuper ces deux semaines en Cantabria.  Nos explorations se sont donc polarisées sur trois cavités. Les deux premières (Cubillo Fraile et Cueva d’Helguera) font partie du système de la Gandara, la troisième (cueva de Carcabón) s’ouvre près de Ramales, raison pour laquelle l’explo s’est faite avec nos amis de l’AER.

  • Cubillo Fraile :

Dimanche 19 octobre 2014 (P. et S. Degouve) :

Avant de poursuivre l’exploration (voir c.r. du 13/09) nous préférons voir comment se présente la suite derrière le lac car inutile d’emporter tous une néoprène si la baignade se limite à ce seul bassin.

Comme la météo se maintient au grand beau temps avec des températures estivales, le courant d’air à l’entrée est d’une rare violence. Dans la galerie des Sans Dents, il reste très fort. Pendant que Sandrine équipe le puits, j’enfile ma néoprène pour traverser le bassin.

Le conduit des Sans Dents et, en arrière plan le puits donnant sur le la, gras et glissant...

Le conduit des Sans Dents et, en arrière plan le puits de 25 m donnant sur le lac, gras et glissant…

Celui-ci est assez profond et semble même se poursuivre par un conduit noyé. Vingt mètres plus loin, je prends pied dans un méandre argileux haut d’une dizaine de mètres et large de moins d’un mètre en moyenne. Nous sommes bien loin du collecteur attendu et pourtant si proche. Je progresse ainsi sur plus de 100 m jusqu’à une confluence. La galerie de droite amène la majeure partie du courant d’air, mais elle devient plus étroite. Du coup, la néoprène n’a plus de raison d’être portée et elle constitue même une gêne pour la suite. Revenu au puits il ne me reste plus qu’à équiper une longue traversée pour éviter le plan d’eau. Heureusement, une corde posée en téléphérique depuis le dernier fractionnement permet de progresser le long de la paroi couverte d’argile et dépourvue de prises. Cela reste quand même très sportif et je ne suis pas mécontent d’arriver au bout de mon stock d’amarrage. Il restera seulement 3 points à mettre et ça attendra la prochaine fois.

Mardi 21 octobre 2014 (D. Boibessot, P. Degouve, S. Latapie, Ch. Philippe) :

Serge est arrivé la veille, aussi nous pouvons aller tous ensemble au Cubillo. La descente est rapide jusqu’à la galerie des Sans Dents. Patrick poursuit l’équipement du puits afin d’éviter le lac. C’est toujours aussi boueux et la traversée reste assez technique. Une fois tous de l’autre côté, nous démarrons l’explo en faisant suivre la topo. Le méandre n’en finit pas et les petites visées s’enchaînent jusqu’à la première bifurcation. La suite demeure au fond du méandre qui se rétrécit progressivement. En contrepartie, c’est un peu moins argileux.

Le méandre du Chamignon doit son nom à cette curieuse "cheminée de fée".

Le méandre du Chamignon doit son nom à cette curieuse « cheminée de fée ».

Environ cent mètres après le croisement, la morphologie change et après avoir franchi un ancien siphon qui concentre tout le courant d’air, nous nous relevons dans un conduit bien plus grand. Nous en profitons pour casser la croûte mais rapidement car il ne fait pas très chaud. Nous reprenons l’explo au rythme de la topo, mais les parois ne tardent pas à se rapprocher et nous voici de nouveau dans un méandre que nous parcourons cette-fois-ci en hauteur. Cela n’arrête pas de tourner et nous avons bien du mal à savoir où nous nous dirigeons même si la tendance de certaines visées semble nous décaler vers le nord.

A mi parcours, la voûte s'abaisse brutalement au niveau d'un ancien siphon qui concentre tout le courant d'air.

A mi parcours, la voûte s’abaisse brutalement au niveau d’un ancien siphon qui concentre tout le courant d’air.

Nous progressons ainsi sur plusieurs centaines de mètres jusqu’à ce qu’une belle résonance nous indique que nous nous approchons d’un vide plus grand. Comme nous le supposions nous parvenons à une  base de puits dont la voûte semble être supérieure à 50 m. Mais à une  vingtaine de mètres, un grand redan pourrait correspondre à l’arrivée d’une galerie. Alors Serge tente une escalade, mais nous manquons cruellement de matériel et de corde. Il s’arrête sur un palier à une dizaine de mètres de l’objectif. Nous abandonnons préférant attendre le report topo pour savoir exactement où nous sommes. Le retour paraît bien long et ce sont un peu plus de 600 m de méandre que nous venons d’explorer. Pour ne rien laisser, nous topographions également l’affluent de la Pétanque jusqu’à la base d’une petite cascade.

A la base du P.50 qui termine le méandre du Champignon.

A la base du P.50 qui termine le méandre du Champignon.

Au puits, Christophe déséquipe une partie de la main courante et le reste des verticales. Le matériel est couvert d’argile et nous aussi, c’est pourquoi nous en ressortons une grande partie car elle serait inutilisable en l’état. La remontée du Cubillo reste pénible et chacun se plait à imaginer ce que cela serait avec des sacs de bivouac. Sortie à la tombée de la nuit. Le développement du Cubillo passe à 1920 m (-141 m).

  • Cueva Helguera

Lundi 20 octobre 2014 (D. Boibessot, P. et S. Degouve, J. Palissot, Ch. Philippe) :

L’équipe s’est bien renforcée et pour démarrer en douceur, nous montons à Helguera afin continuer la désobstruction de l’extrémité de la galerie Dogora. Le courant d’air est très fort et il provient principalement des deux passages repérés la fois précédente. Le premier, au-dessus du ressaut de 5 m est un soupirail donnant sur un boyau incliné qui s’agrandit à quelques mètres. Le second, au bas du ressaut, est une diaclase étroite mais qui paraît plus large et surtout plus profonde. Dans le doute, nous attaquons les deux chantiers de front. Cela avance bien et finalement, c’est en bas que nous concentrons nos efforts. En fin de journée, un passage confortable est ouvert. Christophe descend de quelques mètres avec le peu de corde dont nous disposons. Il entrevoit le fond à moins d’une dizaine de mètres ; c’est plus large mais un peu chaotique et surtout la suite est surplombante donc difficilement franchissable sans matériel.

Le bunker, pour être au plus près du front lorsque ça barde !

Le bunker, pour être au plus près du front lorsque ça barde !

Jeudi 23 octobre 2014 (D. Boibessot, P. et S. Degouve, S. Latapie,  J. Palissot, Ch. Philippe) :

Nous retournons à Helguera pour descendre le puits ouvert deux jours plus tôt à l’extrémité de la galerie Dogora. Christophe commence à équiper un premier puits de 12 m qui nous amène sur un replat ébouleux encadré par deux puits. Pendant qu’il descend l’un d’eux, nous équipons une rampe inclinée menant, après un passage bas, à un niveau de galerie. Cela semble plus intéressant et nous laissons tomber pour le moment le puits vu par Christophe. Ici, le courant d’air est bien présent, mais la suite est assez compliquée. Dans l’axe de la galerie principale, nous rampons entre de grandes dalles effondrées sur une trentaine de mètres, jusqu’à des boyaux quasiment impénétrables. Juste avant, nous descendons un petit puits de 5 m creusé dans un impressionnant remplissage. Celui-ci est plutôt de mauvaise augure pour la suite. Pendant que Serge descend une seconde verticale de  17 m sans suite, les autres fouillent le secteur sans trouver grand-chose.

Au bas du premier puits, un épais remplissage a été surcreusé.

Au bas du premier puits, un épais remplissage a été surcreusé.

Dans ce remplissage très grossier, on distingue de gros galets de grès.

Dans ce remplissage très grossier, on distingue de gros galets de grès.

Il nous reste cependant une belle fracture à voir de l’autre côté de la galerie, juste au bas de la rampe. Celle-ci semble assez profonde et beaucoup d’air en sort. Sandrine commence à l’équiper mais la corde disponible est un peu trop courte. En raboutant un ultime bout de 10 m, elle parvient à faire un équipement de fortune. Nous nous retrouvons tous 35 m plus bas dans une belle galerie avec amont et aval.

La base du puits de 35 m

La base du puits de 35 m

Nous commençons par l’amont qui remonte doucement. En contrebas, un conduit parallèle glaiseux double le conduit principal. Celui-ci se développe sur un écran gréseux, il sera difficile de descendre plus bas. Nous progressons ainsi d’une petite centaine de mètres jusqu’à de belles coulées stalagmitiques terminées par une escalade estimée à 7 ou 8 m. La suite est bien là car le courant d’air est toujours très sensible et surtout, le conduit semble assez vaste.

Dans l'amont de la galerie.

Dans l’amont de la galerie.

Après avoir topographié un court affluent, nous filons vers l’aval, poussés par le courant d’air qui devient violent dans les passages étroits. Nous avançons principalement dans le niveau inférieur, plus petit et argileux, car le conduit principal est bouché ponctuellement par d’énormes remplissages. Nous progressons encore sur plus de 160 m jusqu’à une petite escalade glissante. En lui faisant la courte échelle, Dom parvient à se hisser au-dessus de l’obstacle et poursuit l’exploration sur une cinquantaine de mètres. Nous en restons là pour aujourd’hui et ressortons tranquillement à la tombée du jour. (développement topographié : 535 m)

Samedi 25 octobre 2014  (D. Boibessot, P. et S. Degouve,  Ch. Philippe) :

Dernière sortie du séjour à la cueva d’Helguera. Nous avons amené suffisamment de matériel pour rééquiper le P.35 et assurer la suite. Nous sommes vite au terminus et pour l’escalade,  le plus grand en taille est désigné d’office. Après un lancer de corde sur un becquet, Patrick doit cependant poser encore 4 goujons pour franchir l’obstacle. Au sommet, la galerie change rapidement de profil et les dimensions deviennent impressionnantes mais de gros blocs font leur apparition. Le secteur est très facturé mais au plafond, on devine nettement une voûte à environ 30 m de hauteur. La largeur dépasse par endroit 25 m et après avoir traversés une salle, nous devons contourner plusieurs blocs cyclopéens. Au sol les grès affleurent en plusieurs endroits. Une bonne centaine de mètres après l’escalade, nous retrouvons un conduit moins chaotique qui remonte sur de glissantes coulées stalagmitiques. Nous taillons quelques marches avec le pied de biche que nous avons pris soin de garder avec nous. Mais un peu plus loin, la coulée devient franchement verticale et la suite se trouve une quinzaine de mètres plus haut. Le « grand » est à nouveau mis à contribution car il semble difficile de grimper en libre.

La seconde escalade (14 m) remonte le long d'une coulée stalagmitique.

La seconde escalade (14 m) remonte le long d’une coulée stalagmitique.

Pour gagner un peu de terrain, Christophe taille quelques marches et c’est reparti pour une série de goujons. Dans la calcite, certains d’entre eux battent de l’aile, mais finalement ça passe assez facilement. Une fois tous réunis au sommet de l’escalade nous reprenons l’explo au rythme de la topo. La galerie change à nouveau d’aspect et nous progressons désormais dans un canyon d’une dizaine de mètres de large pour près de 30 m de hauteur. Le sol argileux est quasiment plat mais surcreusé en son centre par le lit sablonneux d’un ruisseau aujourd’hui à sec.

Le beau canyon au sommet de l'escalade.

Le beau canyon au sommet de l’escalade.

Au bout de 150 m, la galerie tourne à angle droit. En face, dans l’alignement du canyon, on distingue nettement une suite en hauteur ; encore une escalade, ce sera pour plus tard. A droite, après ce brusque virage, nous rencontrons le ruisseau qui se perd dans un bassin limpide.

Le ruisseau provenant de l'amont (env. 5 l/s) se perd complètement dans ce bassin cristallin. Nous ne l'avons pas retrouvé plus en aval.

Le ruisseau provenant de l’amont (env. 5 l/s) se perd complètement dans ce bassin cristallin. Nous ne l’avons pas retrouvé plus en aval.

Nous progressons encore d’une quarantaine de mètres jusqu’à un lac profond suivi d’une voûte basse formée par un écran de grès. Juste au-dessus, le canyon continue de façon indépendante. Par une courte escalade pour atteindre une vire argileuse, Dom et Christophe parviennent à contourner le bassin. La suite, une fois encore, est en hauteur, au sommet d’une grande coulée stalagmitique. Nous n’avons plus de matériel alors nous nous arrêtons là pour aujourd’hui. Nous fouillons un diverticule sur la droite mais celui-ci devient très étroit et sans air.

Au terminus, le ruisseau sort d'un conduit bas et humide, mais juste au-dessus, le canyon se poursuit par une escalade d'une dizaine de mètres.

Au terminus, le ruisseau sort d’un conduit bas et humide, mais juste au-dessus, le canyon se poursuit par une escalade d’une dizaine de mètres.

Le ruisseau, peu avant le terminus. D'où vient-il et où va-t-il ?

Le ruisseau, peu avant le terminus. D’où vient-il et où va-t-il ?

(Développement topographié : 507 m, la cueva mesure au total 1370 m).

  • Cueva de Carcabón

Mercredi 29 octobre 2014 (P. et S. Degouve, A. Garcia Fuentes (AER)) :

La sécheresse persistante nous incite à retourner rapidement à Carcabon avant les pluies d’automne. L’idée de patauger encore dans la boue liquide ne nous enthousiasme guère, mais l’enjeu est tel que ce désagrément paraît bien secondaire.
Angel de l’AER se joint à nous. Comme il se doit, le courant d’air est fort et va croître durant la journée. Dans la Via Coloscopia, les voûtes mouillantes n’en sont plus et certains bassins ont disparu. Au lac, le niveau est un mètre plus bas que la normale et le capteur reef net est donc hors d’eau. Nous parvenons assez rapidement à notre terminus et après avoir modifié l’équipement de la seconde escalade nous pouvons commencer l’explo.

Le départ du P.25, à notre terminus de juillet.

Le départ du P.25, à notre terminus de juillet.

Le puits qui nous avait arrêtés mesure un peu plus de vingt mètres et se termine par une pente argileuse qui plonge dans un bassin à l’eau cristalline. Contrairement aux précédents, il ne s’agit pas d’un siphon car le fond reste visible même s’il est nécessaire de nager pour le franchir. Aurions-nous enfin dépassé la zone noyée ? Derrière, nous remontons une pente ébouleuse terminée par une cheminée. Heureusement, sur la gauche, un passage bas contourne ce puits remontant pour déboucher dans un conduit plus vaste. Celui-ci reste assez argileux, et est constitué de gros talus formant des montagnes russes agrémentées de toboggans glissants.

Les sédiments sont encore bien présents tout au long de la progression, même si désormais nous sommes au-dessus des niveaux de crue.

Les sédiments sont encore bien présents tout au long de la progression, même si désormais nous sommes au-dessus des niveaux de crue.

Cette-fois-ci, nous sommes bel et bien dans le vif du sujet. Le conduit continue à prendre de l’ampleur et soudain, nous entendons le grondement de la rivière qui s’écoule librement en contrebas. Par endroit, de superbes coulées de calcite indiquent le débouché d’affluents perchés. Malgré les dimensions importantes, nous ressentons toujours le courant d’air. Après avoir parcouru 400 m de galeries, nous décidons d’attaquer la topo en continuant l’exploration. Nous passons un  premier carrefour puis la galerie prend l’allure d’un énorme tube, au sol plat qui débouche sur un second carrefour, plus imposant.

La blancheur des coulées stalagmitiques tranche avec l'ambiance sombre et uniformément argileuse de la plupart des galeries.

La blancheur des coulées stalagmitiques tranche avec l’ambiance sombre et uniformément argileuse de la plupart des galeries.

Sur la droite, Angel reconnait un gros méandre jusqu’à un puits estimé à une trentaine de mètres. Nous poursuivons alors sur la gauche, dans un éboulis pentu remontant dans une salle surmontée d’une cheminée haute de plus de 45 m et terminée par une coulée stalagmitique au sommet de laquelle on distingue une galerie (escalade d’environ 7m). Sur la droite, derrière de gros blocs effondrés, un conduit nous amène au bout d’une centaine de mètres dans une petite salle très ventilée mais barrée par une trémie instable. Celle-ci serait à revoir ainsi que d’autres départs que nous laissons pour une prochaine fois. En effet, les pages du carnet topo sont comptés et nous souhaitons absolument nous raccorder à notre terminus précédent avant de ressortir. Nous topographions quand même le grand méandre vu par Angel. Celui-ci est bien ventilé et peu après le puits, on perçoit nettement le bruit de la rivière. Nous laissons ce bel objectif pour une prochaine fois et retournons sur nos pas pour boucler la topo. L’avant dernière page du carnet sera atteinte au bas du puits de 20 m. Nous ressortons vers 19 h 00 comme d’habitude couverts d’argile et comme d’habitude nous nous promettons d’élargir certains passages étroits de la zone d’entrée. (Développement topographié : 920 m ; la cueva totalise 2270 m de galerie).

Angel au retour de la pointe, content, mais avant de ressortir il faut repasser la via Coloscopia, ses étroitures et tas de boue...

Angel au retour de la pointe, content, mais avant de ressortir il faut repasser la via Coloscopia, ses étroitures et ses tas de boue…

En dehors de ces explorations, nous avons également réalisé quelques prospections notamment au-dessus de la Gandara. Et pour terminer notre séjour, suite aux journées du Sedeck et en vue d’une future coloration dans la cueva de la Valina, nos amis anglais (Peter Smith et Philip Papard) nous ont fait visiter la Reñada, une cavité majeure de la dépression du Matienzo. Merci à eux.

Dans les galeries de la Reñada.

Dans les galeries de la Reñada.

C.R. Patrick Degouve

 

Subscribe to RSS feed