Réseau Muela - Tejuelo

Torca del Plan B de Muriel (n°2294)

Développement :
Dénivellation :

Les difficultés et les risques liés aux crues dans les parties en aval du collecteur de la torca de La Canal ont considérablement freiné les explorations à partir de 2005. Depuis, les recherches menées par le S.C. Dijon et l'ACE Mataro ne sont jamais interrompues pour découvrir un autre accès au rio Eulogio. Il faudra attendre 10 ans pour que celui-ci soit trouvé par le SCD. Durant cette longue période et alors que des groupes fréquentaient à nouveau La Canal, il est curieux de constater que personne n'ait été tenté de reprendre les explorations, là où nous nous les avions arrêtées. La découverte du gouffre du Plan B permettait enfin de revoir sereinnement la question. Mais cette découverte a réveillé des convoitises de la part de spéléos peu scrupuleux qui n'ont pas hésité à écarter les explorateurs du S.C. Dijon par des moyens dignes d'un mauvais film de série B (désequipement de cavité, matraquage des amarrages, effaçage des marques etc.). Ceci étant, la torca du Plan B reste un accès remarquable pour aller visiter l'un des plus beaux collecteurs du massif. Nul doute qu'elle deviendra une classique incontournable....

Situation

Coordonnées UTM 30 (ED 50) :
X = 446,380 ; Y = 4790,248 ; Z = 719 m
Commune : Arredondo

Description

Historique

2015 :

L'entrée est découverte le vendredi 23 octobre par le S.C. Dijon (G. et M. Simonnot) lors d'une prospection improvisée dont l'objectif initial fut modifié au dernier moment d'où le nom du gouffre. Le secteur choisi a déjà eté bien fouillé, mais ce jour là, Guy et Muriel sont attirés par une doline au fond de laquelle un petit orifice exhale un fort courant d'air. Malheureusement, un gros bloc de grés bouche l'entrée qui semble se poursuivre un puits estimé à 15 ou 20 m.

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L'entrée du Plan B de Muriel (SCD 2294) lors de sa découverte

Le jeudi 29 octobre, G. Simonnot accompagné de P. Smith et de J. Corrin (Matienzo Caves Project) entame la désobstruction. Le bloc est enlevé assez facilement, mais derrière un empilement de gros pavés menace de s'effondrer dans le puits. Le chantier est plus important que prévu mais en fin de journée, Guy parvient à descendre de quelques mètres dans le puits qui semble plus sain et plus confortable.

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Désobstruction de l'entrée

2016 :

Après les travaux de l'automne dernier, l'exploration peut enfin débuter. Le vendredi 13 mai, P. et S. Degouve et G. Simonnot descendent le premier puits de 21 m bien humide en raison de fortes pluies les jours précédents. La suite prend de l'ampleur et un second puits de 24 m est équipé suivi d'un autre de 13 m aux parois tapissées par un spectaculaire mais inquiétant remplissage. Au bas, à -65 m, ils parviennent sur un éboulis pentu encombré de gros blocs instables. L'un d'eux, de plus d'un mètre cube, se met à glisser doucement avant de basculer dans le vide. D'autres menacent de lui emboiter le pas. Afin de limiter les risques, l'obstacle est contourné par une vire et ce jour-là le trio s'arrête par manque de corde à -70 m, au-dessus d'un puits estimé à une trentaine de mètres.

La même équipe se retrouve au Plan B le 12 juin suivant. Après quelques aménagements pour éviter les passages ébouleux, la descente peut continuer. Le puits entrevu en mai prend des proportions intéressantes et devient nettement plus sain. Deux verticales de 56 et 31 m sont équipées jusqu'à un replat précédent un nouveau vide où les cailloux rebondissent très loin (-146 m).

Le trio est de retour le 8 juillet. Le gouffre est bien sec et parcouru par un violent courant d'air soufflant. Après un petit puits de 4 m, le conduit prend la forme d'un grand méandre plongeant à la verticale. Mais à partir d'ici, il faudra tenir compte des risques de crues et pour cela l'équipement prend un peu plus de temps tout en consommant plus de matériel. Les puits s'enchainent : 17, 43 et 55 m. Malheureusement le matériel manque pour toucher le fond de ce dernier. Mais au loin, un grondement caractéristique se fait entendre...

puits

Le puits de jonction avec le Rio Eulogio

14 juillet : cette-fois-ci, tout le monde y croit. Et en ce jour de fête nationale, il fallait concrétiser cette jonction tant attendue. Le dernier puits de 66 m est vite descendu. Au bas, et comme on pouvait s'y attendre vu l'altitude (430 à 460 m), le trio tombe sur un joli réseau de galeries fossiles (galerie de la Bastille ; -322 m) percé en de multiples endroits par des puits estimés à 80 ou 100 m. Mais au fond, il n'y a plus de doute possible c'est bien le grondement d'une rivière qui se fait entendre. Un premier puits est équipé, mais vu les traces de crue le choix de la descente se reporte sur un conduit fossile. La corde manque et si la jonction n'est pas véritablement concrétisée, elle est désormais acquise.

Celle-ci aura lieu de 6 août suivant (G. Aranzabal, P. et S. Degouve, B. Pernot). Les conditions sont encore optimales et après avoir équipé 3 puits de 20, 25 et 36 m, l'équipe peut enfin tremper ses bottes dans le rio Eulogio de la torca de la Canal (-376 m). Cela faisait 18 ans que personne n'était venu jusque là. La topo est dressée et l'équipe ressort rapidement pour annoncer la nouvelle au club et à l'ACE Mataro qui avait également réalisé des recherches dans le secteur (T.P.S.T. : 7 h).

Une nouvelle descente a lieu le 13 août afin de rechercher un emplacement de bivouac pour de futures explorations (P. et S. Degouve, B. Pernot, J.N. Outhier). La progression vers l'aval confirme l'importance des mises en charge et toutes les traces des premières explorations ont disparues. Il faudra aller jusqu'à la salle Ali Baba pour trouver un endroit hors d'eau. En cherchant le nid douillet qui serait également à l'abri du courant d'air, la petite équipe découvre une galerie qui avait échappé aux premières investigations. L'exploration est menée dans la foulée ainsi que la topographie, mais dans les deux branches qui la compose, la progression est vite limitée par des trémies et du remplissage (TPST : 11 h).

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Le rio Eulogio, une vingtaine de mètres en amont de la jonction.

2017 :

Une année s'est écoulée depuis la jonction, mais ce qui devait ravir tous les acteurs de l'exploration du réseau s'est soudain transformé en une véritable lapidation des explorateurs du S.C. Dijon. Sous de fallacieux et opportunistes prétextes d'une réglementation que certains s'accordaient à critiquer quelques années plus tôt, les responsables des clubs œuvrant sur le secteur (SECJA, PROTEUS, ACEM, SPEKUL) ont décidé d'expulser purement et simplement le club français, en employant des méthodes relevant du vandalisme et n'ayant plus rien à voir avec le comportement d'un spéléologue digne de ce nom. Après avoir attendu un an pour tenter de régler le problème et face à une impasse, nous décidons de retourner au plan B le dimanche 13 août avec nos amis de l'AER et ceci après qu'ils aient demandé et reçu une autorisation de visite de la part des instances fédérales (est-il encore nécessaire de démontrer le coté Ubuesque de la chose ?) :

"Ce jour-là, les niveaux d'eau ont baissé et la météo est idéale pour une descente dans le Plan B avec nos amis de l'AER (P. Degouve, A. Fuentes, R. Martinez, Cardin). Arrivés à l'entrée du gouffre, nous constatons que notre marquage a été effacé et remplacé par un numéro du club de Mataro. Cela n'augure rien de bon pour la suite. Un coup de lampe dans le puits d'entrée et nous constatons que la corde n'y est plus et que les goujons ont été cassés ou pliés. Comme nous avions prévu une corde pour le fond, nous l'utilisons pour descendre le premier puits. Au bas, nous trouvons des équipements en place, mais pas les nôtres. Ces derniers ont été enlevés et certains amarrages ont été détruits. Nous poursuivons la descente et constatons que tout notre matériel a été dérobé (environ 400 m de corde). Nous nous arrêtons vers -90 m en bout de corde dans le P.50. La suite n'a pas été rééquipée. Nous ressortons bien dépités par l'attitude de ceux qui ont fait cela en se prétendant être d'honorables spéléos. De toute évidence il s'agit du club de Mataro, titulaire de la zone et qui n'a pas digéré que nous ayons découvert ce gouffre qui ouvre la voie vers les explorations du fond de La Canal..." (extrait du compte-rendu journalier du S.C. Dijon)

L'histoire du Plan B de Muriel, n'est certes pas terminée et d'autres reprendront le flambeau avec plus ou moins de moralité, de succès et de panache, mais ils doivent savoir qu'on ne peut pas changer l'histoire et qu'il faudra un jour ou l'autre assumer ces actes et ces paroles au risque de perdre toute crédibilité et considération de la part de la communauté spéléologique. Pour notre part, il n'est pas question de se compromettre en adoptant les mêmes comportements dans des luttes intestinales irrationnelles et sans issue et nous avons bien d'autres terrains de jeu pour assouvir notre passion de la spéléologie.

Bibliographie

- DEGOUVE, Patrick et Sandrine ; SIMONNOT, Guy (2016) : Compte rendu chronologique des activités en 2016. - Porracolina 2016
- DEGOUVE, Patrick et Sandrine ; SIMONNOT, Guy (2016) : Résumé des principales activités de l'année 2016. - Porracolina 2016
- SPELEO-CLUB de DIJON (2017) : Spoliation, vandalisme et négationnisme à l'alto de Tejuelo - Porracolina 2017

Topographies

topo2 < Télécharger la coupe de la torca del Plan B de Muriel (n°2294)- Format A3 PDF (277 ko)

topo1 < Télécharger le plan de la torca del Plan B de Muriel (n°2294)- Format A3 PDF (2 mo)

 

 

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