Vignette secteur

Cueva de Lastrias 1 (T.1)

(n°529)

Développement : 1760 m
Dénivellation : -144 m

Comme son voisin tout proche, le Sumidero de la Lunada, la cueva de Lastrias fait partie du bassin d'alimentation du réseau de la Gándara. Cette proximité nous avait fait croire pendant longtemps qu'il s'agissait d'une seule et même cavité mais en réalité, le mille-feuille dans lequel les conduits sont creusés a permis à ces deux drains de se développer indépendament l'un de l'autre, en étant séparés seulement d'une dizaine de mètres. Cette superposition de réseaux pourtant très proches est l'une des particularité des cavités de Lunada à l'instar des cuevas de Las Bernias situées un peu plus en aval.

x : 446,813 ; y : 4779,961 ; z : 1350 m (UTM - ED50 fuseau 30T)
Commune : Espinosa de los Monteros

L'entrée s'ouvre sur le versant sud de l'alto de la Lunada, dans la lande et sur un banc calcaire facilement identifiable. Un sentier, peu marqué à la fin, contourne l'alto par l'ouest et passe non loin de la cueva.

Description

Comme la plupart des cavités du secteur, la cueva de Lastrias 1 se développe dans un banc calcaire peu épais (moins de 10 m), juste au contact avec un niveau gréseux qui fait office d'écran imperméable. Le puits d'entrée (5 m) additionné à l'épaisseur du petit talus qui lui fait suite correspond approximativement à l'épaisseur de la strate calcaire. Seule verticale de la cavité il est creusé le long d'une diaclase et recoupe un conduit bas qui se poursuit en amont jusqu'à une seconde entrée de plein pied mais encombrée de cailloux. En aval, le conduit après quelques passages resserrés prend assez rapidement de l'ampleur en même temps qui conflue avec un affluent rive droite, impénétrable au bout de quelques mètres. Dix mètres plus loin, la galerie, large de prés de 10 m reçoit un second affluent en rive gauche. Egalement impénétrable, il amène un petit ruisseau que l'on suit jusqu'au point bas de la grotte. Progressivement les parois se rapprochent et il est désormais possible de progresser debout.

GalEntrée

La galerie d'entrée, encombrée de remplissage d'origine glaciaire.

Cela dure sur près de 500 mètres avec une pente moyenne de 14°. Vers -125 m la galerie s'évase jusqu'à faire plus de 10 m de large. D'importants talus de sable et de galets mêlés bordent le lit abandonné par le ruisseau. Celui-ci n'est plus trop visible et circule en bordure de galerie sous l'épais remplissage qu'il a fallu déblayer pour passer. Après une courte étroiture le conduit retrouve un peu d'ampleur et 15 m plus loin il recoupe un actif assez conséquent provenant d'un conduit en rive gauche. Celui-ci est impénétrable mais il pourrait correspondre à la perte de la Lunada n°2 (perte des Plastiques, n°1107) dont l'extrémité aval se situe à moins de 50 m et qui circule sur le même niveau gréseux.

1107

L'entrée de la perte n°2 de la Lunada (perte des Plastiques - n°1107) à droite devant le personnage.
En arrière plan, on distingue le petit banc calcaire où s'ouvre le sumidero de Lunada qui se développe donc sur une strate supérieure.

Cette confluence correspond à un brusque changement de direction du conduit, désormais occupé par un bel actif. Celui-ci étant creusé exclusivement dans les calcaires la morphologie évolue également. Le conduit, plus étroit, devient un méandre au sol couvert de galets gréseux. Du fait de la diminution de la section, le courant d'air aspirant y est très net. Malheureusement, après plusieurs virages liés à la fracturation, il n'est plus possible de progresser sans travaux. Ceux-ci pourraient s'avèrer très besogneux car la partie très étroite est relativement longue.

La galerie du Captain

Cependant, avant que le méandre devienne vraiment resserré, un petit départ au raz du sol a été agrandi car une partie du courant d'air s'y échappait. Il est suivi d'un boyau sableux également désobstrué. Celui-ci débouche dans une belle galerie parcourue par un petit actif dont l'aval disparaît dans le remplissage. L'amont circule dans un large conduit (8 m x 2 m) qui remonte dans le pendage. Parallèle à celle d'entrée, la galerie du Captain est plus agréable à parcourir. Le sol de grès est à nu mis à part dans une salle d'effondrement rencontrée soixante dix mètres plus loin et qui précède une diffluence. En effet, 120 mètres après avoir quitté le conduit principal, une galerie basse parallèle aux précédentes replonge vers l'aval (galerie du Sable). Nous y avons ressenti un courant d'air aspirant lors de notre première visite, mais celui-ci s'est fait plus discret ensuite. Long de plus de 140 m, cet aval vient buter sur un épais remplissage sableux qui obstrue presque totalement la galerie ne laissant qu'un espace de 10 à 15 cm qui se poursuit à perte de vue.

Sable1

La galerie du Sable, peu avant le terminus. Le sol argileux et humide indique une possible miose en charge du conduit lors de grosses crues.

Plusieurs séances de désobstruction facile n'ont pas permis d'entrevoir une suite engageante. Pourtant l'actif perdu dans le méandre étroit du conduit principal n'est pas très loin.
En amont de cette diffluence, la galerie du Captain continue de remonter en suivant la strate gréseuse. Le sol par endroits glissant est creusé par quelques belles marmites. Cent vingt mètres après la confluence le conduit se dédouble en rive gauche, tandis qu'en rive droite, un boyau discret mène à un quatrième drain parallèle, la galerie du Palisson Colonais. En amont de ce départ, la largeur totale du conduit est par endroit supérieure à 20 mètres. Cela dure encore sur plus de 150 m, puis de gros éboulis font leur apparition et bientôt ceux-ci obstruent complètement la galerie. Depuis la galerie principale, nous sommes remontés de plus de 100 m et la surface n'est plus très loin tout comme l'entrée de la cueva qui se trouve à moins de 100 m.

La galerie du Palisson Colonais

L'étroit passage permettant de la rejoindre a été agrandi. Ce conduit est nettement plus petit que les autres. En aval, où nous avons constaté parfois un courant d'air aspirant, il s'agit d'un laminoir long de 80 m se divisant sur la fin en boyaux impénétrables (-97 m). L'amont remonte sur environ 150 m jusqu'à une trémie mais 20 m avant un étroit boyau permet de la contourner et de rejoindre un labyrinthe de petites galeries. En amont celle-ci se rapproche de la trémie amont de la galerie du Captain. L'aval, après quelques passages spacieux, se poursuit dans un laminoir rapidement impénétrable mais qui constitue un cinquième drain dans cette cavité surprenante. Le courant d'air observé à plusieurs moments de l'année est assez capricieux et n'indique pas franchement une continuation dans les différentes branches se dirigeant vers l'aval.

Amont

En amont de la galerie du Captain. Gelo est assis sur le niveau de grès et on distingue dérrière lui la strate calcaire qui a été creusée en hauteur.

Climatologie

Le courant d'air n'est pas constant dans l'ensemble de la cavité. Parfois inexistant dans la galerie d'entrée, il peut être très marqué dans le méandre au point bas de la cueva (aspirant en régime estival). Dans la galerie du Sable nous ne l'avons vraiment ressenti qu'à deux reprises.

Géologie, hydrologie

La cueva se développe dans la série du picon del Fraile caractérisée par une alternance de niveaux perméables (calcaires, calcarénites etc.) et de niveaux imperméables (essentiellement des grés et des marnes). Aux abord du col de la Lunada, l'épaisseur des strates supérieures n'est pas très importante et parfois elle n'excède pas la dizaine de mètres. Cela explique la superposition de drains indépendants comme cela est le cas ici pour elle sumidero de la Lunada qui s'écoule juste au-dessus de la cueva de Lastrias, à moins de 20 m d'écart. Il est probable que cette situation ne perdure pas plus en aval en raison de la faible épaisseur de la strate gréseuse et il ne serait guère étonnant que les deux cavités finissent par jonctionner. La superposition des deux topographies montre également le rôle joué par certaines fractures N300 qui décalent de la même façon les écoulements vers le sud.

carte

Plan de surface des cavités du col de la Lunada. En orange, la cueva de Lastrias passe sous le sumidero de Lunada (en rouge). Certains conduits se superposent parfaitement indiquant le rôle joué par la fracturation. A l'ouest, la torca T11 (brun) se développe sur une strate encore plus basse mais plus gréseuse ce qui peut expliquer son faible développement. (puceVue plus grande)

Historique

2022

11 août : Après l'exploration de la perte des Plastiques (Sumidero n°2 de Lunada) nous souhaitions revoir la cueva de Lastrias étant désormais persuadés qu'elle n'avait rien à voir avec la torca de la Lunada. C'est la canicule et au terminus des spéléos du GEE, un fort courant d'air aspirant disparaît dans le méandre qui, hélas, devient impénétrable. Mais au retour, alors que le conduit redevient à taille humaine, nous remarquons sur la gauche une diaclase très étroite qui aurait pu être jugée insignifiante si nous n’avions pas deviné un léger élargissement 1 à 2 mètres plus loin et surtout si nous n’avions pas remarqué qu’une partie de l’eau et de l’air s’y enfilait. Après quelques travaux d'élargissement nous nous redressons dans une petite rotonde que le ruisseau traverse pour disparaître au bas d’un épais remplissage argileux. En face, côté amont, le courant d’air remonte dans un petit orifice entre la voûte et le remplissage. Celui-ci, constitué d’une fine croûte d’argile recouvrant du sable et des graviers, se creuse assez facilement. Cela avance bien et en une bonne heure, nous réussissons à progresser de près de 4 m avant de pouvoir ressortir dans un conduit plus vaste. C’est un amont, plus ample que celui par lequel nous sommes venus et qui remontre dans le pendage suivant le schéma classique du secteur. La progression est aisée et au bout d’une centaine de mètres nous parvenons à un premier dédoublement. Nous prenons le conduit de gauche, plus grand (2 x 4 m), et peu après nous voici à un autre carrefour avec cette fois, un conduit aval. N’ayant pas de quoi faire la topo, nous préférons en rester là. (P. et S. Degouve, B. Pernot).

Bruno

Bruno Pernot dans la galerie du Captain.

2023

3 avril : La topographie est refaite complètement jusqu'au terminus précédent (820 m). (P. et S. Degouve).

18 avril : Le premier objectif est d'aller voir la galerie du Sable qui repart vers l'aval. Une centaine de mètres après le terminus, un bouchon de sable barre la galerie laissant passer un net courant d'air soufflant. La désobstruction dans le talus de sable est facile et nous parvenons à progresser de 4 m. En amont, la galerie du Captain est explorée sur 300 m jusqu'à une trémie. (topo : 400 m) (P. et S. Degouve, A. Fuentes, B. Pernot).

26 mai : Nouvelle séance de désobstruction dans le fond de la galerie du Sable. Nous progressons encore de 2 bons mètres mais il n'y a pas d'élargissement en vue. (P. et S. Degouve).

24 juillet : L'aval de la galerie du Sable reste un objectif séduisant et pendant qu'une équipe peaufine la topographie, une autre poursuit la désobstruction du bouchon de Sable. En amont, en topographiant les galeries latérales, un soupirail aspirant est découvert et du coup l'équipe au complet s'attaque à son agrandissement. Derrière, un nouveau drain parallèle est découvert : la galerie du Palisson Colonais. L'aval est bouché par une lame de roche quant à l'amont, il est exploré sur 160 m mais, peu avant, un départ latéral laisse entrevoir plusieurs suites possibles (P. Degouve, A. Fuentes, C. Oetega, Ph. Mathios, B. Pernot).

18 septembre : L'aval de la galerie du Palisson Colonais est désobstrué mais dérrière le conduit de petite dimensions se pince rapidement. Du côté de l'amont, le labyrinthe livre encore une bonne centaine de mètres mais aucune suite n'est trouvée (P. Degouve, A. Fuentes, Ph. Mathios).

Bibliographie

- C.A.F. Albertville (2003) : Explorations dans les Cantabriques (Santander - Espagne) - Activités spéléologiques du CAF d'Albertville, année 2003, page 33
- RUIZ, F. (2006): El karst de los Montes del Somo y Valnera (Sierra de los Morteros, Castro Valnera, Lunada, Picón del Fraile, Lusa e Imunía), Cubía, 9, 22-31.
- Grupo Espeleológico Edelweiss (2009) : Monografía El Karst de Burgos. Cubía, 12, 64 pp.
- RUIZ, F.; RIOSERAS, M. (2010): La coloración del Sistema Sumidero de Lunada-Gándara, Cubía, 13, p. 20-23.
- RUIZ, F. (2011) : El karst de los Montes del Somo y Valnera, Cubía, 15, 40-53.


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